Les mots grecs sans origines : trace d'une langue pré-indo-européenne
En bref
- Environ 1 000 mots du grec ancien, dont certains noms de dieux et de villes, n'ont pas d'équivalent indo-européen connu.
- Les linguistes les attribuent à un substrat de langues pré-indo-européennes parlées par les populations d'Europe avant l'arrivée des peuples indo-européens.
- Le titre « pré-grec » est trompeur : les spécialistes rejettent l'idée d'une seule langue pré-grecque, ce qui a été autrefois une hypothèse minoritaire d'un chercheur aujourd'hui critiqué.
Ce que dit la source
L'article pose une énigme lexicale : pourquoi des mots comme λαβύρινθος (labyrinthe), Ἀθῆναι (Athènes), Ἐλαία (olivier) ou Ἀχιλλεύς (Achille) ne trouvent-ils aucune racine dans le proto-indo-européen ni dans les langues voisines ? L'auteur propose que ces mots proviennent d'un ou plusieurs substrats linguistiques pré-indo-européens, c'est-à-dire des langues parlées en Méditerranée avant l'arrivée des peuples de langue grecque en provenance des steppes ponto-caspiennes.
- Environ 1 000 mots du grec ancien manquent d'étymologie indo-européenne identifiée.
- Les Indo-Européens, pasteurs des steppes, ont rencontré des populations néolithiques d'Europe bien établies avec leurs propres langues et vocabulaire.
- Le grec θάλασσα (thalassa, mer) et d'autres termes de flore/faune méditerranéenne sont probablement des emprunts à des langues pré-indo-européennes.
- Le substrat pré-indo-européen survit uniquement aujourd'hui dans le basque, dernier représentant des langues paléo-européennes.
Dans les commentaires
Débat partagé : le fil conteste le titre clickbait et la qualification de « pré-grec » comme singulier, les spécialistes rejetant cette idée depuis une décennie. Plusieurs commentaires relèvent aussi que certains mots présentés comme « sans étymologie » pourraient avoir des origines indo-européennes moins évidentes.
- Un commentateur Indo-Européaniste établi critique le titre comme «super-clickbait» : Robert Beekes, qui avait défendu une seule langue « pré-grecque », est entré en déclin cognitif au moment de ses recherches les plus connues, et cette hypothèse est maintenant un «running joke» du champ.
- Le mot grec μύρμηξ (fourmi) et le latin formica, présentés comme empruntés, pourraient en réalité remonter à une racine indo-européenne commune reconstruite (*marwiš) avec des déformations phonétiques parallèles : plusieurs mots classés comme « pré-grecs » ont reçu des explications indo-européennes mundaines après réexamen.
- Un commentateur soulève que l'article omet une comparaison systématique avec l'albanais, langue unique branche indo-européenne qui a évolué dans la même région de Paléo-Balkans.
- Plusieurs signalent que le contexte plus large de substrat linguistique (comment les langues pré-indo-européennes ont façonné les branches indo-européennes différentes) est mentionné trop tardivement et mériterait une structuration dès l'introduction.
Notre lecture
Article linguistiquement curieux mais communiqué de manière sensationnaliste. L'hypothèse du substrat pré-indo-européen en Méditerranée est solide et acceptée ; l'erreur est de la présenter comme une découverte révélant «la langue» cachée (singulier), alors que la communauté des indo-européanistes y a renoncé il y a au moins une décennie. Utile pour comprendre l'archéologie linguistique, mais le titre abuse de la perplexité pour attirer le clic, c'est un exercice de vulgarisation, pas une contribution nouvelle au débat. Aucune action à court terme, sauf pour qui enseigne l'histoire des langues et souhaite des ressources vulgarisées critiquées mais correctes dans leurs grandes lignes.