Les constructeurs automobiles collectent et revendent les données de conduite de leurs clients
- General Motors a reçu une amende record de la FTC pour avoir vendu les données de conduite de ses clients à des courtiers en assurance, souvent sans consentement éclairé.
- Tous les grands constructeurs automobiles pratiquent la collecte massive de données comportementales (vitesse, localisation, horaires), mais les contrôles de confidentialité restent opaques et fragmentés.
- La législation américaine proposée (DRIVER Act) reste insuffisante : elle garantit l'accès et la suppression des données, mais n'interdit pas leur collecte initiale.
- Les utilisateurs n'ont que peu de moyens techniques pour bloquer cette télémétrie une fois le véhicule acheté.
Ce que dit la source
La source documente un système de collecte et de monétisation des données automobiles structuré et généralisé. General Motors servait d'étude de cas : via le plan OnStar et la fonction Smart Driver, le constructeur collectait le comportement de conduite (excès de vitesse, trajets nocturnes) puis le revendait à LexisNexis et Verisk pour établir des profils d'assurance. Beaucoup de conducteurs ignoraient l'étendue réelle de cette collecte, malgré un consentement théorique lors de l'inscription. La Mozilla Foundation et Consumer Reports confirment que ce modèle s'applique à tous les grands constructeurs. L'article souligne aussi le conflit entre deux approches réglementaires : le DRIVER Act (consentement et droits d'accès/suppression) versus la position des défenseurs de la vie privée (interdiction de collecte excessive en amont). Une troisième ligne, le concept du « Freedom Car », vise des véhicules dépourvus de télémétrie.
- La pénalité FTC contre GM (2025) imposait un moratoire de cinq ans sur la vente de données aux courtiers et la simplification des contrôles de désactivation de géolocalisation.
- Les politiques de confidentialité sont fragmentées : voiture, services connectés, application mobile, financement génèrent des consentements superposés et incompréhensibles.
- Les contrôles de confidentialité automobile sont moins intuitifs que ceux des téléphones ; la collecte est dispersée sur plusieurs systèmes.
- Le projet DRIVER Act reconnaît un droit de propriété sur les données générées, mais autorise toujours la collecte initiale et la revente aux tiers.
- Sean Duffy (Transportation Secretary, administration Trump) a proposé le concept du « Freedom Car » : un droit à conduire des véhicules sans systèmes autonomes et sans transmission de données.
- Des témoignages montrent que même après désactivation manuelle, les données continuent de remonter : un utilisateur de Volkswagen s'est aperçu que son kilométrage était connu de tiers malgré ses tentatives de blocage.
- La collecte s'étend au-delà des assurances : données de localisation à fine granularité partagées avec les villes, vendues à des courtiers spécialisés (ex. Inrx).
Dans les commentaires
Débat partagé entre acceptation technique des données comme nécessité systémique et rejet moral de leur monétisation sans contrôle. Quelques commentateurs relèvent des dimensions positives (données de gestion du réseau électrique pour les VE), mais largement dominé par le scepticisme quant à la réalité des garanties légales existantes.
- Un commentateur signale un cas concret troublant : après désactivation complète des services connectés Volkswagen, son kilométrage était néanmoins connu de Carfax, suggérant une télémétrie persistante en arrière-plan.
- Plusieurs soulignent la confusion entre deux catégories de données : les caractéristiques du véhicule (VIN, état de rappel, kilométrage) et le profil du conducteur (vitesse, localisation, heure). Le DRIVER Act les traite identiquement, ce qui dilue la protection.
- Un participant relève que la Californie a adopté AB-1542, classant les données géolocalisées avec précision (rayon de 1850 pieds) comme « sensibles », interdisant leur vente ou partage ; le bureau de contrôle CalPrivacy a déjà les fabricants de voitures connectées sous surveillance.
- L'absence de régulation substantive en droit américain ressort comme cause racine : sans lois de protection des données significatives, les constructeurs n'ont aucune barrière légale.
- Un commentateur note que cet écosystème parallèle existe depuis des années mais reste opaque au grand public, illustré par une anecdote de collecte municipale de profils de vitesse sans débat public.
- Deux commentaires pointent des contremesures techniques limitées : débrancher les fusibles OnStar bloque la connectivité mais pas le stockage local en attente de reconnexion, et les Faraday cages ne sont pas viables. Rivian serait une exception offrant une véritable désactivation.
- Critique implicite de la source : une commentaire note que The Verge elle-même collecte via 179 partenaires (cookies, pixels, enregistrements d'écran), affaiblissant la légitimité morale du message.
- Un commentateur conteste une hypothèse implicite : Tesla ne procède pas à cette revente de données selon lui, ce qui contraste avec le tableau uniforme de l'article.
- Un point plus philosophique : critique de l'inévitabilité technologique (« genie out of the bottle »), avec la thèse que certaines avancées (réseaux informatiques dans les voitures depuis les années 1990) ont dégradé l'expérience propriétaire sans bénéfice client clair.
Notre lecture
Le problème est réel et systémique : tous les constructeurs le pratiquent, pas seulement GM. La dimension importante pour une organisation est moins technologique que réglementaire et contractuelle. La DRIVER Act, probablement adoptée, restera insuffisante parce qu'elle n'interdit pas la collecte en amont. La Californie (AB-1542) crée un précédent fédéral possible, mais reste à appliquer. Sur le plan technique, les utilisateurs ont peu de moyens : le blocage réseau (fusibles, Faraday) fonctionne partiellement mais entraîne des risques de fonctionnalité et de stockage local en attente. Les contrats de financement compliquent encore l'opt-out. Pour les équipes achats ou de flotte d'entreprise, la question vaut la peine d'être soulevée explicitement lors des négociations constructeurs, mais pas d'action d'urgence : la situation évolue sous pression réglementaire (FTC, Californie, Trump, défenseurs). À surveiller plutôt qu'à résoudre aujourd'hui.