Installer Ubuntu sur une tablette Lenovo IdeaPad Duet : guide de firmware hacking
En bref
- Un ingénieur de Canonical a remplacé le rootfs postmarketOS d'une vieille tablette Lenovo IdeaPad Duet (ARM64, 4 Go RAM) par Ubuntu 26.04, puis configuré le kernel mainline pour un système complètement fonctionnel.
- Le processus repose sur le rootkit chromeOS en 'developer mode' et sur le fait que tous les drivers nécessaires sont désormais dans le kernel mainline Linux.
- La démarche reste artisanale : extraction manuelle du rootfs, copie des fichiers de boot, gestion des firmwares.
- La tablette, achetée ~100€ d'occasion, passe d'un ChromeOS lent et d'une postmarketOS défaillante à un système desktop complet.
Ce que dit la source
L'auteur possédait une Lenovo IdeaPad Duet (10.1", ARM64 MediaTek MT8183, 4 Go RAM) et l'avait d'abord utilisée sous ChromeOS, puis sous postmarketOS. Après une mise à jour vers postmarketOS 26.06, l'appareil refusait de redémarrer. En parallèle, l'auteur constate que tous les drivers nécessaires sont désormais disponibles dans le kernel mainline Linux et qu'il travaille chez Canonical sur la portabilité des appareils RISC-V : il voit une occasion réelle de faire fonctionner Ubuntu sur ce device, et l'entreprend pendant un week-end.
- Le processus repose sur l'exploitation du mode développeur de ChromeOS, qui permet de démarrer depuis USB et d'accéder au stockage interne (eMMC)
- L'auteur effectue un remplacement brut du rootfs : suppression complète du contenu de la partition 3 (/dev/mmcblk0p3), puis extraction d'une image Ubuntu base 26.04 ARM64 depuis cdimage.ubuntu.com
- Le bootloader et les partitions EFI héritées de postmarketOS restent en place ; le kernel 6.18.44 de postmarketOS 26.06 fonctionne directement avec le nouveau rootfs Ubuntu
- L'auteur installe ensuite le paquet linux-generic depuis les dépôts Ubuntu pour disposer d'un kernel vrai Ubuntu, puis copie le device tree binaire (DTB) upstream dans /boot
- La Wi-Fi est restaurée en extrayant l'arborescence /lib/firmware du package postmarketOS 26.06 et en la copiant dans le rootfs Ubuntu
- Le choix initial de GNOME s'était avéré inadapté : trop gourmand pour les 4 Go de RAM et le CPU faible de la tablette ; une approche minimaliste avec gestionnaire de fenêtres tiling aurait été plus efficace
Dans les commentaires
débat partagé, avec plusieurs angles concurrents : intérêt technique légitime pour le hackage de firmware, mais questionnements pratiques sur l'efficacité du résultat et la pérennité de la maintenance
- Plusieurs commentateurs soulignent la difficulté systémique à trouver des tablettes exploitables : un utilisateur déplore le pré-chargement de logiciels malveillants sur les appareils Lenovo, et note que sans déverrouillage du bootloader, le problème reste insurmontable, ce qui le rapproche de l'expérience fermée de l'iPad
- Un contributeur postmarketOS (denysvitali) signale que le projet rejette explicitement les contributions assistées par IA, ce qui le pousse à explorer d'autres distributions ; à l'inverse, un autre utilisateur (stratosmacker) décrit avoir réussi à utiliser Claude pour accélérer le débogage d'une caméra sur le même appareil, ce qui soulève une tension tacite sur la pertinence de cette position
- L'argument du 'GNOME est lourd' est contesté : un commentateur rapporte que GNOME 3 (déjà ancien) s'exécute correctement sur un Acer Flip à spécifications similaires, mettant en doute le diagnostic de l'auteur
- Plusieurs alternatives existent : un utilisateur propose un Chuwi Minibook X (Intel N150, 16 Go, SSD, <300$) comme meilleure option pour un budget réduit ; d'autres mentionnent KDE Plasma Mobile comme DE plus adapté aux tablettes que GNOME
- Un commentateur note que postmarketOS accepte les contributions mais que la restriction sur l'IA-assisted submissions crée une tension pour ceux qui souhaitent soumettre en amont (linux-next) plutôt que dans postmarketOS
Alternatives citées : KDE Plasma Mobile (mentionné comme plus adapté aux tablettes), Debian (installation rapportée sur un Asus Chromebook x86), Android desktop mode (envisagé comme alternative), mrchromebox.tech UEFI (pour Chromebooks x86 uniquement)
Notre lecture
Un exercice technique de haut niveau qui valide que l'écosystème kernel mainline Linux est maintenant suffisamment mature pour des devices ARM64 marginaux. La démarche reste un hobby : aucune promesse de stabilité long terme, zéro maintenance prévisible, et le rapport effort/utilité reste fortement dépendant du profil de l'utilisateur. Pour une DSI, aucune conséquence directe. Pour un développeur embedded ou un utilisateur souhaitant revivre une vieille tablette à titre personnel, c'est un chemin viable mais qui exige une aisance avec le firmware et le kernel. Le débat révèle surtout une fragmentation durable : les tablettes bon marché n'offrent pas une expérience cohérente desktop/tablette sous aucun OS, ChromeOS reste fermé, et les alternatives Linux restent des bricolages. À surveiller : l'évolution de KDE Plasma Mobile et la clarification de la politique postmarketOS sur l'IA pour voir si ces initiatives rendent la portabilité plus accessible.